La note internationale – avril 2021

Le jugement du meurtrier de George Floyd, cet américain tué par la police de Minneapolis sans raison s’est tenu au mois d’avril. La culpabilité de Derek Chauvin donne l’espoir d’un futur meilleur pour les minorités du monde entier, le meurtre ayant provoqué un tsunami d’indignations. Par ailleurs, les tensions dans l’est de l’Ukraine, le chaos au Tchad ainsi que la création de la station spatiale chinoise font partie de l’actualité de ce mois-ci.

Racisme policier : le meurtrier de George Floyd reconnu coupable

Au mois de mai 2020 mourrait George Floyd, un Américain, un père de famille, un partenaire. La vague d’indignation et de dénonciation du racisme aux Etats-Unis fût unique, indiquant un profond changement de mentalités chez certain.e.s, mais aussi un racisme ancré chez d’autres. Son meurtrier, Derek Chauvin, le policier qui a plaqué son genou sur la nuque de M. Floyd pendant 9 minutes et 29 secondes, vient d’être reconnu coupable de violences volontaires ayant causé la mort de la victime.

« Nous pouvons enfin respirer » Philonise Floyd, le frère de George.

Le président américain Joe Biden a annoncé son soulagement à la suite de cette décision. En rupture avec son prédécesseur, Biden a effectué une allocution évoquant la nécessité des Etats-Unis de se « rassembler. » Il a dénoncé l’extrémisme de droite – de plus en plus décomplexé – comme étant le catalyseur de ces violences.

L’annonce de la culpabilité de Chauvin ne ramènera pas George Floyd. Elle peut cependant être l’étincelle enclenchant une profonde remise en question de la majorité blanche des Etats-Unis, mais aussi de France et du monde entier. Car, bien que cette histoire concerne les Etats-Unis, la France connait tout autant de racisme. Cette annonce de culpabilité n’annulera pas un acte inqualifiable, mais elle a tout de même lancé une vague d’espoir. Ce procès s’est déroulé dans le contexte de la mort d’une autre personne afro-américaine, Daunte Wright, abattue lors d’un contrôle routier. Derek Chauvin connaitra la durée de sa peine le 16 juin.

Des habitant.e.s de Minneapolis lors de l’annonce de la culpabilité de Derek Chauvin. ADREES LATIF / REUTERS

Regain de tensions dans le Donbass ukrainien

En avril, l’armée russe s’est attiré les foudres de l’occident après qu’elle s’est développée sur divers flancs de la frontière ukrainienne. Accusée de vouloir continuer sa politique expansionniste en Europe de l’Est, Moscou a démenti en évoquant des manœuvres pour répondre à la provocation ukrainienne dans le Donbass et aux exercices de l’OTAN.

Kiev tente en effet de mobiliser ses troupes afin de reprendre le contrôle de deux régions sécessionnistes ayant une forte proportion de russophones : le Donetsk et le Louhansk. Moscou est accusé de soutenir ces groupes. Depuis 2014, plus de 13 000 personnes ont péries dans ce conflit aux portes de l’Europe. La presqu’île de Crimée a été annexée par la Russie en 2014, remettant en cause la souveraineté de l’Ukraine et lui donnant un accès encore plus privilégié sur la mer Noire et sur la Mer d’Azov.

L’élection de Volodymyr Zelenski en 2019 – président pro-européen – a davantage exacerbé les tensions russo-ukrainiennes. Zelenski souhaite que son pays intègre l’Union Européenne et l‘OTAN, alors que ses prédécesseurs n’avaient pas osé tourner le dos à la Russie, son partenaire historique. Cependant pour l’instant, les dirigeants occidentaux se sont cantonnés à des avertissements à l’égard de la Russie. Il peut être tout de même remarqué la position changeante des Etats-Unis, passant d’un Trump complaisant avec Moscou à un Joe Biden qui considère son homologue de tueur.

Ce vendredi 23 avril, l’armée russe a annoncé son retrait des zones frontalières, évoquant des manœuvres d’exercices et leur droit de se déplacer sur leur territoire. Il ne fait pas de doutes que cet exercice était une façon pour Moscou de montrer sa force et sa volonté de rester l’hégémon dans la région, dans un contexte de remobilisation ukrainienne pour reprendre le Donbass.

Un village bombardé dans le Donbass. Sergey AVERIN, AFP
La marine russe en exercice près de Kertch en Crimée. VADIM SAVITSKY / AFP

La Chine a débuté la création de sa propre station spatiale

Vous connaissez tous et toutes l’ISS, la Station Spatiale Internationale. Il s’agit de la seule station en orbite terrestre permettant d’accueillir constamment des astronautes. La Chine vient d’envoyer le premier module visant à construire son propre équivalent, Tiangong, la Station Spatiale Chinoise. L’objectif est de réaliser des expériences scientifiques, d’une manière similaire à ce que réalise actuellement Thomas Pesquet dans l’ISS.

Pékin n’est pas l’acteur incontournable de la conquête spatiale auquel on pense lorsque l’on évoque le sujet. Pourtant, elle est actuellement l’un des pays les plus actifs dans le domaine. En 2019, la CNSA, l’agence spatiale chinoise a fait atterrir un engin sur la face cachée de la Lune, ce qui ne s’était jamais fait. En mai prochain, ils devraient faire atterrir un robot sur Mars. Sans oublier d’évoquer l’un des sujets de cette note du mois dernier : le projet sino-russe de base lunaire au pôle Sud du satellite.

Dans les faits, cette conquête à marche forcée illustre l’ascension chinoise comme puissance mondiale incontournable. Elle prouve qu’elle peut rivaliser avec les Etats-Unis – grands contributeurs de l’ISS – et créer sa propre voie sans l’aide de l’occident.

Il s’agit donc d’un changement important dans le paradigme de la conquête spatiale, traditionnellement orienté vers l’ISS. La Chine proposera à des astronautes étrangers de participer aux activités de sa station, bien que l’on imagine mal des Américains accepter cette main tendue.

Dès le mois de juin, le premier module qui vient de s’envoler accueillera ses premiers taïkonautes. Courant 2022, et après une dizaine de lancements visant à compléter la station, ce vaisseau deviendra pleinement opérationnel. Cela est à prendre en compte dans le contexte de fin de vie de la Station Spatiale Internationale, qui devrait être encore en orbite moins d’une dizaine d’années.

Décollage de la fusée chinoise Longue Marche 5B, le 28 avril 2021. JU ZHENHUA / AP

Mort d’Idriss Déby au Tchad : après le recueillement, la dictature militaire

Le dirigeant du Tchad depuis trente ans est mort le 20 avril, tué par des rebelles dans le nord du pays alors qu’il était sur le champ de bataille. S’il est vrai qu’Idriss Déby était un partenaire crucial des occidentaux contre la montée du djihadisme au Sahel, c’était aussi un dictateur qui régnait sans partage depuis sa prise du pouvoir par un coup d’état.

La conséquence directe a été la prise du pouvoir par son fils, Mahamat Idriss Déby. Parlement et gouvernement dissous, constitution abrogée, nomination d’un comité de quinze militaires pour prendre le flambeau…  Tous les pouvoirs sont désormais entre les mains de l’armée, qui promet de nouvelles élections dans dix-huit mois seulement. Cette manœuvre impensable en démocratie pourrait se comprendre dans un contexte plus large de morcellement ethnique et culturel du Tchad, provoquant divers mouvements de rébellion.

Ce Conseil National de Transition ne fait pas l’unanimité au sein de la population. Les partis opposés au pouvoir sous Déby ont appelés le peuple à s’opposer à la mise en place d’un régime qui ne prend pas en considération ses citoyens. D’ores et déjà quatre personnes sont mortes lors de ces manifestations où la police n’a pas hésité à tirer à balles réelles. La France – qui compte sur le Tchad dans la lutte contre le terrorisme dans la région – a soutenu Déby pendant son règne, faisant fi de l’oppression de sa population. A l’annonce de la mort de certains manifestants, Emmanuel Macron a condamné cette violence et appelé à « une transition pacifique, démocratique et inclusive. » Cela étonne alors que l’Etat Français a soutenu un tel régime lorsque Déby était président. Il semble surtout que la stabilité du Sahel et la puissance de l’armée de N’Djamena prévale sur les aspirations démocratiques du peuple Tchadien.

Patrouilles de polices dans les rues de N’Djamena, capitale du Tchad. ZOHRA BENSEMRA / REUTERS

MARTIN NOËL

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s