TÉMOIGNAGE : Octave, travailleur du sexe

14h00. Le rendez-vous est fixé dans un café, juste avant le deuxième confinement. Octave*, âgé de 28 ans est un travailleur du sexe (TDS). Après avoir échangé sur le site en ligne « Tescort », le jeune homme conditionne notre rencontre à l’envoi d’un certificat de scolarité prouvant l’option journalisme de mes études. Le ton est donné. Bonnet enfoncé sur la tête et masque couvrant la moitié de son visage, il est adossé au mur du café.

*le prénom a été anonymisé 

« Je m’écoute beaucoup, je connais mes envies et mes limites »

« J’ai commencé à être TDS par souci financier mais ça m’a toujours intrigué. Des références culturelles m’y ont mené aussi. Je pense aux films d’époque sur les maisons closes par exemple » explique Octave en souriant. 

Désireux de s’émanciper rapidement du cocon familial, il se lance à l’âge de 17 ans dans le travail du sexe pour s’assurer un revenu. Aujourd’hui étudiant en art, le travail du sexe n’est pas son activité principale. Parfois, des mois peuvent passer sans que le jeune homme ne se rende chez un client : « je m’écoute beaucoup, je connais mes envies et mes limites. »

À ses débuts, Octave rencontre ses premières difficultés. Certains clients ne veulent pas le payer, d’autres le déposent en pleine nature et s’en vont. Avec le temps, il élabore des méthodes pour assurer sa protection et ne prendre aucun risque. « Maintenant, j’ai un tracking GPS tout le temps sur moi et une personne de confiance qui possède toutes les adresses auxquelles je me rends. Je me fais payer d’avance et je garde la photo de chaque client en cas de problème. »

S’il parle librement de son activité avec quelques amis et groupes de parole en région parisienne, sa famille n’est pas au courant. « Mes parents pourraient être plus inquiets que dans le jugement. Une réaction que je peux comprendre car il y a un rapport assez violent à l’image de la prostitution. On imagine directement la précarité ou les maladies. »

Jouer un rôle pour garder de la distance avec le client 

Pour Octave, maintenir de la distance avec le client malgré la proximité qu’implique ce travail est la subtilité d’un bon TDS. Il est important de se protéger psychologiquement et physiquement. À chaque rendez-vous, le jeune homme invente un nouveau personnage : « en fonction des échanges avant la rencontre, je me laisse imaginer ce qui ferait plaisir au client. Par exemple, si c’est un mec qui respire le travail de bureau, je vais me créer un personnage tout à fait inverse : un mec punk (rires). Mon dress code sera aussi dépendant de ça, je peux être en costume trois pièces comme en jean troué et baskets. »

La plupart de ses clients sont des pères de famille hétérosexuels, engagés dans une situation familiale et professionnelle dont ils peuvent difficilement s’extirper. Faire appel à un TDS est une manière de libérer leur sexualité.

La « charte de consentement »

Octave travaille sur Internet. Les premiers échanges avec les clients concernent le lieu de rendez-vous, les questions tarifaires, la durée, les pratiques ainsi que les limites. Si chaque TDS a sa définition du métier et ses pratiques, Octave explicite les siennes dès le début. 

« J’établis une sorte de charte de consentement avec le client, en répétant qu’à tout moment ça peut changer de son côté comme du mien. Il ne faut pas hésiter à communiquer. La plupart du temps les clients vont élaborer un fantasme au préalable mais en réalité ils se retrouvent souvent intimidés. Et c’est un rapport très random qui va se passer, sauf si on se revoit. Là, il va progressivement prendre confiance. »

L’importance de l’accompagnement non-sexuel et de l’écoute 

Le jeune homme s’attache à prendre le temps de discuter avec ses clients. Il veut comprendre ce qu’ils viennent chercher pour s’adapter au mieux. « Il ne faut pas oublier qu’on n’est pas là pour soi mais pour le plaisir du client. À partir du moment où on va travailler avec cette information en tête, il y a quelque chose de simple qui se met en place. Il y a une sorte de satisfaction à comprendre entre les lignes et réussir à cibler le désir. »

Octave tient à souligner que l’accompagnement sexuel n’est pas la plus grande part de son travail. L’écoute est primordiale dans ses relations avec la clientèle : « il y a un homme qui me fait venir pour 4-5h, il me paye pour que je sois là. Il a besoin d’une compagnie et d’une écoute. »

Reconnaître légalement le métier de TDS ? 

En France, le « plus vieux métier du monde » n’est pas reconnu par la loi. Depuis 2016, une loi pénalise les clients qui encourent une amende de 1 500 euros et jusqu’à 3 750 euros en cas de récidive dans les trois ans. 

Mais la prostitution recouvre des réalités différentes. Certains TDS se retrouvent contraints par un système de proxénétisme, d’autres considèrent cette activité comme un métier à part entière. Pour eux, reconnaître légalement le métier permettrait aux TDS de bénéficier d’un système de santé, d’espaces de soins et d’écoute.

« J’aimerais que tous les TDS soient libres autant de leur argent que de leurs pratiques mais ce n’est pas le cas » regrette Octave.

Illustration : Lucile Coppalle

Faustine MAGNETTO

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