Début du festival Microscopies à Lille

Le salon du festival Microscopies s’est tenu ce week-end à l’auberge de jeunesse Stéphane Hessel. C’est le premier événement de la sixième édition de Microscopies. Organisé par l’association les Piñatas, ce festival ambitionne de promouvoir la microédition ainsi que des pratiques artistiques pluridisciplinaires indépendantes.

« Microscopie » est formé à partir de deux mots de grec ancien : mikros (« petit ») et skopein (« examiner »). La microscopie signifie donc « regarder attentivement quelque chose pour en fixer les détails, pour reconnaître, remarquer quelque chose de particulier » (définition Larousse).

C’est exactement ce que fait Martina Pacifici, propriétaire de la « Librairie Invisible » itinérante. Fanzines, revues, bandes dessinées, livres originaux, livres objets… Martina Pacifici s’arrête à chaque stand du salon, feuilletant et scrutant la perle rare.

Ce salon – qui se déroulait ce week-end à l’auberge de jeunesse Stéphane Hessel – était le premier rendez-vous de la sixième édition du festival Microscopies. Une trentaine d’artistes et de collectifs originaires de France, de Belgique et de Norvège (la maison d’édition Pamflett) y ont répondu présent.

Les organisateurs·rices de cet événement sont les Piñatas, association, collectif d’artistes et maison d’édition spécialisée dans la microédition. Une nouvelle définition s’impose : qu’est-ce que la « microédition » ?

« La microédition est à l’origine la création underground de fanzines, mais il n’y a pas de définition officielle. Pour nous, c’est de l’édition indépendante, faite main et en petite quantité (environ 100 exemplaires maximum). »

Léa-Anaïs Machado, co-fondatrice des Piñatas et co-organisatrice du festival Microscopies
Microcosme ?

Qui dit « microédition » et « microscopie » dit microcosme ? « On essaie de proposer au public des événement festifs, conviviaux et accessibles à tous », assure Léa-Anaïs Machado. D’où – par exemple – la gratuité de l’ensemble de la programmation, excepté la projection de courts-métrages à l’Hybride. Chaque année, le festival réunit entre 1000 et 1300 visiteurs selon les organisateurs·rices.

Dans la programmation, il n’y a pas uniquement des événements liés à la microédition : l’objectif est aussi de « promouvoir les pratiques artistiques pluridisciplinaires et indépendantes » ajoute Léa-Anaïs Machado.

Concrètement, au salon et dans les prochains événements du festival, les visiteur·euses croiseront des auteur·rices et des illustrateur·rices mais aussi des danseur·euses, des musicien·nes, des artistes plasticien·nes et la tatoueuse Fanny Pinel.

« Maillage solidaire »

Les organisateur·rices ont donc l’ambition de rendre « accessible » le festival Microscopies non seulement aux visiteur·euses, mais aussi aux jeunes créateur·rices peu (re)connu·es.

L’une d’elles/eux s’appelle Flora Villaumié, élève en Master 2 à l’École supérieure d’art et de design de Valenciennes (ESAD). Elle tient le stand de l’association ZEL (Zone Étudiante Libre) avec d’autres étudiants de l’ESAD.

Les étudiants de l’ESAD Valenciennes et de l’association ZEL au salon Microscopies ©Lucile Coppalle 16/10/2021

Ce type d’événement leur permet de « sortir de l’école d’art » car ils et elles ont « tendance à rester dans un entre-soi », admet F. Villaumié. Le salon Microscopies leur donne l’opportunité de rencontrer des professionnels et de découvrir leur expérience pour les aider à se projeter. C’est aussi un levier pour trouver des stages et des offres d’emplois. « Ici les étudiants et étudiantes en école d’art sont considérés au même titre que des professionnels », garantit Léa-Anaïs Machado.

Flora Villaumié vend sur le stand de la ZEL des linogravures, des posters d’illustrations… et des « gribouillages » réalisés en direct au prix modique de 50 centimes. Résultat : « les visiteurs sont curieux, ils en achètent trois ou quatre en même temps » se réjouit-elle. Elle écrit derrière chaque dessin le nom de son compte Instagram dédié à ses productions artistiques. Une manière astucieuse de transmettre ses contacts professionnels et d’inviter les acheteurs·euses à se tenir informé·es de ses prochains projets.

Quelques pas plus loin, derrière les stands des revues le Sabot et Ver(r)rue, se trouve celui de la maison d’édition Momme. Momme est basée à Chouzé-sur-Loire et a été fondée par l’éditrice Héloïse Rocher et l’illustratrice Bérengère Rocher il y a seulement sept mois !

C’est la première fois que les deux sœurs participent à un salon de microédition. L’occasion de faire découvrir leur travail au public et de vendre quelques unes de leurs premières publications.

Héloïse et Bérengère Rocher au salon Microscopies ©Lucile Coppalle 16/10/2021

« Pour l’instant, les ventes nous servent uniquement à rembourser les frais de productions que nous avons avancé », explique Héloïse Rocher. Les deux sœurs n’arrivent pas encore à vivre de leur passion, mais elles ont des projets ambitieux et prometteurs.

Bérengère Rocher travaille notamment sur les thématiques du corps et de la danse. Par exemple, elle s’est inspirée de la sculpture « Piquée par un Serpent » d’Auguste Clésinger sur l’orgasme féminin pour créer un dépliant « énigmatique, à manipuler à l’infini ». L’idée de ce format a été trouvée par sa sœur.

À l’avenir, les sœurs et collègues de travail espèrent éditer les projets d’autres artistes. La deuxième illustratrice (la première étant Bérengère Rocher) à être prochainement publiée chez Momme s’appelle Sybille Guyot.

Qu’adviendra-t-il de ces rencontres d’artistes de diverses disciplines et de créateur·rices spécialisé·es dans la microédition ? « Peut-être des futures collaborations », espère Léa-Anaïs Machado, « ou du prêt de matériel entre travailleur·euses pour réduire leurs dépenses financières respectives ».

En somme, les organisateur·rices du festival souhaiteraient « créer un maillage solidaire » même si « ça fait un peu bisounours de dire ça », admet Léa-Anaïs Machado. « J’ai pu constater à travers ma propre expérience que je n’ai jamais été aussi forte qu’en travaillant de manière collective » affirme-t-elle. Elle conclue : « on brille ensemble ou on ne brille pas ». Facile de reconnaître les membre des Piñatas dans la foule : pléthore de paillettes sur leurs paupières et sur leurs tenues.

L’art du confinement

Les œuvres réalisées pendant le premier confinement sont nombreuses sur les stands. Sarah Baraka – artiste et membre depuis cinq ans des Piñatas – présente à la libraire Martina Pacifici l’avant-dernière publication des Piñatas intitulé Survivre à la balade à laquelle elle a participé avec Léa-Anaïs Machado et Marine Foratier. La maison d’édition ne publie que des projets collectifs.

L’artiste Sarah Baraka présente à Martina Pacifici, visiteuse du salon Microscopies l’ouvrage Survivre à la balade ©Lucile Coppalle 16/10/2021

Survivre à la balade contient trois textes où chacune des artistes dévoilent leur « forêt personnelle ». Sarah Baraka y relate ses souvenirs d’enfance : les promenades avec sa mère et sa sœur dans la forêt pour crier et ainsi expulser leur tristesse ou leur colère. Léa-Anaïs Machado y a écrit un récit autour de l’arbre « enfermé dans du béton » qu’elle apercevait de sa fenêtre pendant le premier confinement.

Elles ont aussi retranscrit dans le livre leurs échanges de mails et de SMS. Elles y expliquent avec franchise leurs difficultés à écrire, les étapes de la construction de l’édition et leur état émotionnel perturbé à cause de la situation sanitaire et de son corollaire le confinement.

Le résultat est original et rare car Survivre à la balade est tiré à seulement 90 exemplaires et coûte 35 euros.

Nouveautés

En plus des traditionnels événements du festival (la soirée performance, le concert dessiné, la journée d’étude et les ateliers en médiathèque), il y aura cette année des nouveautés : une soirée de projections de films d’animation fabriqués à la main à l’Hybride le 28 octobre ainsi qu’un deuxième concert dessiné le 5 décembre.

Toute la programmation de Microscopies est à retrouver sur le site web des Piñatas.

LUCILE COPPALLE

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