Les associations, au coeur de la lutte contre contre le harcèlement scolaire

En cette rentrée 2021, le hashtag #anti2010 pour désigner les élèves de sixième nés en 2010 remet sur le devant de la scène l’ampleur du harcèlement scolaire. En France, près d’un élève sur dix est victime de harcèlement pendant sa scolarité, soit 700 000 jeunes par an. Depuis le début de l’année 2021, 18 d’entre eux ont décidé de mettre fin à leurs jours. Pour endiguer ce phénomène, plus de 130 associations viennent en aide à ces victimes. Acteurs de terrain, leur rôle est aujourd’hui plus qu’essentiel pour combattre ce fléau qui dépasse le monde de l’Éducation nationale. 

À l’occasion de la journée nationale contre le harcèlement scolaire, qui a lieu cette année le 18 novembre, je suis allée à la rencontre de trois associations : Les Papillons, Marion La Main Tendue et Alphé. Chacune a son histoire mais toutes ont le même objectif : la prévention et la lutte contre les violences et le harcèlement en milieu scolaire. 

Des actions de terrain 

Les associations ont bien compris que seules des actions concrètes, à plus ou moins grande échelle, peuvent éradiquer le harcèlement scolaire. Il s’agit pour elles d’intervenir directement sur le terrain et auprès de victimes, plutôt que de prononcer des longs et beaux discours.

Laurent Boyet, Président et fondateur de l’association Les Papillons, a eu l’idée des boîtes aux lettres Papillon pour libérer la parole, par écrit, des enfants victimes de maltraitance. Au total, presque 140 boîtes aux lettres sont installées dans les écoles et clubs de sports sur le territoire français. Pour une meilleure efficacité, un temps de sensibilisation auprès des élèves est réalisé par les bénévoles lors de leur mise en place. Sur les plus de 8 000 enfants touchés par le dispositif, plus de la moitié des mots concernent des cas d’incivilités scolaires ou, plus grave, de harcèlement. Cet outil permet, par la suite, d’informer les directeurs ou directrices d’écoles de la situation inquiétante et ainsi d’agir en conséquence. 

L’association Alphé, avec comme Présidente Gabriella Cairo, se concentre essentiellement sur les interventions de sensibilisation dans les établissements scolaires, mais aussi auprès des associations de parents d’élèves principalement en région Occitanie. Elle apporte aussi une aide personnelle à la demande des parents de l’enfant harcelé. Des entretiens individuels entre la victime et des bénévoles de l’association peuvent être organisés. À l’issue du rendez-vous, la majorité des parents autorise les bénévoles à prévenir l’établissement scolaire afin de proposer une intervention. 

Pauline, bénévole de l’association Marion La Main Tendue, à la tête de Nora Fraisse, m’a informée sur l’étendue des actions menées par cette dernière. Tout comme les deux premières associations, la prévention est au coeur des missions. En effet, Marion La Main Tendue organise des journées de sensibilisation dans les établissements scolaires français grâce à sa vingtaine de bénévoles. Des temps d’échange, aussi bien en présentiel que par visioconférence au travers des groupes de paroles avec des psychologues cliniciennes, sont programmés une fois par mois. À Orsay (Essone, Île-de-France), la Maison de Marion est la première structure de prise en charge des victimes de harcèlement à l’école et de leur famille. Des ateliers de bien-être pour les victimes et leurs familles par la pratique du yoga, de la sophrologie, de la méditation musicale sont proposés. La Maison de Marion dispense aussi des formations pour les enseignants en complément.

Une aide primordiale pour pallier le manque d’actions gouvernementales

Pour ces trois associations, le constat est le même : il subsiste un manque cruel d’actions de terrain de la part de l’Etat. On ne peut cependant nier l’effort gouvernemental de ces dernières années : cellules « harcèlement » dans les inspections d’académie, création d’ambassadeurs harcèlement parmi les élèves, interventions de policiers dans les établissements, témoignages de parents, numéros verts… Certes, les dispositifs sont nombreux, mais cela ne suffit pas selon ces associations. Ils sont même souvent jugés insuffisants, inefficaces voire méconnus. L’exemple le plus parlant est le numéro d’aide (3020 et 3018) : la majorité des élèves et professeurs ignorent leur existence. 

Laurent Boyet insiste sur « le manque de moyens mais surtout de volonté du gouvernement, quand on voit que pour le hashtag anti-2010, il y a seulement eu une prise de parole du Ministre de l’éducation nationale Jean-Michel Blanquer ». En ce sens, l’Education nationale n’a pas encore pris compte de la mesure du phénomène et a une forte tendance à le minimaliser. C’est sans doute pour cette raison que l’association rencontre autant de difficultés face au Ministère pour mettre en place des boîtes aux lettres dans les écoles. Par ailleurs, si ces boîtes aux lettres étaient déployées dans toutes les écoles de France, le chiffre, pourtant déjà dramatique de 700 000 enfants harcelés, serait revu à la hausse. Pour le Président de l’association Les Papillons, l’Éducation nationale gagnerait à s’inspirer des éducations à l’empathie comme en Belgique, au Danemark ou au Pays-Bas. 

Finalement, tout est une question de volonté puisque « certains députés font des travaux formidables comme Erwan Balanant », affirme Laurent Boyet. En effet, ce député centriste du Finistère est l’auteur d’un rapport sur la lutte contre le harcèlement scolaire. Il propose notamment de définir le harcèlement scolaire comme un délit. 

Pour Gabriella Cairo, un des problèmes majeurs du plan de l’Éducation nationale contre le harcèlement est le manque de formation des professeurs. Les chiffres confirment ses propos : actuellement, deux tiers des professeurs se disent mal formés aux questions de harcèlement scolaire d’après les données de l’Éducation nationale. 

Un travail coopératif avec l’État

Les trois organisations se font entendre auprès des élus et des parlementaires afin de faire avancer les choses. 

Grâce à ses rencontres régulières avec des députés, Laurent Boyet propose ses idées d’actions pour lutter contre le harcèlement. 

Marion La Main Tendue travaille, en ce moment même, sur un programme phare qui sera mis en place dans les établissements scolaires afin de lutter contre toute violence. 

L’association Alphé fait partie de l’Onhecol, l’Observatoire national du harcèlement à l’école, au collège et au lycée, à l’initiative de l’association HUGO!. Ce tissu d’associations et d’experts concernés pour le sujet travaille en faveur de la création d’un véritable « délit de harcèlement scolaire ». Ce délit spécifique permettrait, en autre, de prendre en charge les frais thérapeutiques des familles qui sont estimés à environ 500 euros par mois. 

Des projets toujours plus importants

L’harcèlement scolaire est de plus en plus violent, notamment avec la montée du cyberharcèlement, comme en témoigne la vague de haine contre la génération née en 2010 avec le hashtag anti-2010. C’est pour cette raison que les associations ont en tête de nouveaux projets qui visent une meilleure prise en charge des victimes. 

L’objectif de l’association Les Papillons est de créer des Maisons Papillons, lieu d’accueil et de reconstruction. Les enfants et les familles pourront trouver à la fois des réponses juridiques, des réponses médico-psychologiques et des réponses alternatives pour reprendre confiance en soi. De l’art thérapie, de la ludothérapie ou différents ateliers zen comme le yoga pourraient être proposés.

Gabriella Cairo suit le même projet : créer un lieu d’écoute, premièrement en Occitanie, avec des professionnels pour aider les victimes et leurs familles. 

À terme, l’association Marion La Main Tendue et notamment sa présidente Nora Fraisse, souhaiterait l’installation de structure similaire à la Maison de Marion dans toutes les régions de France.

Tous espèrent que ces projets porteurs de sens verront le jour lorsque les moyens à disposition, dont ceux humains, et le travail avec les élus le permettront. 

Victime de harcèlement scolaire ? 

Si vous êtes victime de harcèlement scolaire, « la seule façon de briser l’emprise de l’agresseur est de parler, conseille Laurent Boyet. Il ne faut pas baisser la tête mais au contraire la relever pour aller libérer la parole ». Gabriella Cairo, témoigne, quant à elle, de l’importance de « croire profondément que ce n’est pas de sa faute pour en parler plus facilement aux adultes ». 

JEANNE LEGLAND

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s