Lutte climatique et engagement écologiste, une jeunesse engagée ?

Quelques jours après le début de la 26ème “Conference Of the Parties”, ou, “Conférence des parties” qui se déroule à Glasgow, en Ecosse – réunissant 30 000 personnes, 196 pays et 120 chefs d’Etat – une partition politique ponctuée de grands discours écologistes a une nouvelle fois eu lieu. Une seule et même partition jouée depuis 35 ans, notamment remise en cause par la nouvelle génération, cette jeunesse écologiste.

À cette occasion, afin de réaffirmer cet esprit de lutte lors de cette journée mondiale pour la justice climatique, a été organisé à Lille, porte de Paris, un rassemblement pour le climat en ce 6 novembre 2021. Un rassemblement “jeune”, organisé par Octave Delepierre, ancien candidat aux élections départementales (Les Verts), pour une justice climatique, pour le futur, pour une contestation contre ce “greenwashing des pays riches”, entendait-on au travers des discussions d’individus déjà présents avant le début du rassemblement. Des militants écologistes pour le climat et des militants expérimentés, bel et bien présents, côtoyaient une jeunesse engagée qui arrivait peu à peu. Peu de temps après l’heure prévue pour ce rassemblement, la place commençait à se remplir. Plus d’une centaine de « citoyens du monde » prêts à s’engager, prêts à engager la discussion pro-climat, se rassemblaient en cette journée.

Lina Sidi-Moussa

Mouvements associatifs, syndicats et responsables politiques étaient ensemble pour un échange, une prise de parole collective à tour de rôle au sujet de l’enjeu climatique pesant sur les « pays du sud« , seuls face à cette énième problématique.

“Les pays riches doivent s’engager à augmenter massivement les financements apportés, pour créer des mesures d’adaptation, répondre aux pertes, aux dommages causés par le changement climatique.”

Bernard De Veldert, représentant de la maison régionale de l’environnement et des solidarités.

La présence des syndicats, mais aussi d’associations et d’initiatives populaires étudiantes comme “Les amis de la terre”, “la fresque du climat”, “action climat”, “les jeunes écologistes”, “la primaire populaire”, favorisaient cet esprit volontaire de trouver des solutions, notamment dans un contexte de “bla-bla international » d’une COP26 qui « inquiète ».

“Les décisions prises là-bas ne réussiront même pas à compenser le Co2 émis par les dirigeants qui vont s’y rendre”

Céleste, jeune engagée, « La primaire populaire« . 

Plusieurs orateurs arboraient notamment le rapport du GIEC (Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’evolution du Climat), mettant en lumière la dérive climatique et l’augmentation anormales des températures terrestres. Une augmentation des températures qui porte le coup fatal envers des populations, des communautés, des groupes sociaux, tel que celui de la jeunesse, des ensembles d’individus se sentant, déjà, abandonnés à l’international.

“ Justice climatique et sociale, ces deux justices vont de pair. Voir le ministre des affaires étrangères de Tuvalu, Simon Kofe, les pieds dans l’eau, cela me parle directement, étant étudiante d’origine mauricienne. Les îles, ainsi que les pays africains, sont en première ligne. »

Elima, « les jeunes écologistes ».
Lina Sidi-Moussa

ENTRETIEN AVEC KARIMA DELLI

Également en première ligne lors de ce rassemblement citoyen, toujours en faveur de cette bataille pour le climat et armée de son « cornet de glace » assez spécial, nous avons retrouvé Karima Delli, députée européenne, fervente militante “écolo”, présidente de la commission transports et du tourisme, au sein du parlement européen. Madame Delli a accepté de répondre à mes questions lors d’un entretien.

Lina Sidi-moussa : Karima Delli, bonjour !

Karima Delli : Bonjour !

L.S. : Merci d’avoir accepté cette interview pour Cube. Vous êtes militante Écologie-Les Verts, présidente de la commission transports et du tourisme, au sein du parlement européen . Suite à la mobilisation générale pour le climat, nous vous avons rejoint lors de cet événement local. Quels sont vos ressentis par rapport à ce rassemblement ?

Karima Delli : Ce rassemblement avait pour but de réveiller les chefs d’État actuellement à Glasgow, où un sommet international a lieu et qui se donne pour objectif de limiter le réchauffement climatique, et on voit bien que les chefs d’État traînent la patte ! Aujourd’hui, on a cette conscience “écolo” qui progresse dans la société civile, et donc ce qui était super dans la manifestation à Lille, c’est qu’il y avait des partis politiques, des associations, mais aussi beaucoup de citoyens ! Des citoyens qui font partie justement de notre société ! Ils veulent envoyer un message très fort, dire « qu’il est temps d’agir, parce qu’il y a urgence.

L.S. : Ces jeunes européens font face à une problématique : Au-delà des problématiques étudiantes déjà bien connues, notamment comme la précarité, le chômage, quand et comment, trouver le temps de s’engager en faveur d’une cause, notamment celle du réchauffement climatique ?

« C’est la jeune génération qui touche et qui est touchée par la précarité, mais qui est aussi concernée par le dérèglement climatique. Si nous n’agissons pas, un bébé né en 2020 va connaître sept fois plus de sécheresses, sept fois plus d’inondations »

Karima Delli

Karima Delli : C’est simplement un double phénomène, c’est-à-dire que c’est toujours les plus précaires et les plus vulnérables qui sont touchés. Et aujourd’hui, c’est la jeune génération qui est touchée par la précarité mais qui est aussi concernée par le dérèglement climatique. Si nous n’agissons pas, un bébé né en 2020 va connaître sept fois plus de sécheresses, sept fois plus d’inondations. Ils ont conscience que leur futur leur a été volé. Ils savent qu’ils sont dans des conditions assez précaires, donc ils sont dans la rue pour dire “maintenant ça suffit, il faut que vous preniez en compte le présent, notre avenir, mais aussi notre futur”.

L.S. : Cet avenir climatique ombrageux pour la jeunesse est une situation notamment provoquée par les générations précédentes. Cependant, nous avons observé, tout de même, du « mouvement », avec vos propres combats à l’échelle de l’Europe, notamment. Face à ce constat, comment la jeunesse européenne, par exemple, peut-elle gérer ces enjeux de poursuite d’accès à la formation, d’accès aux études supérieures, de moyens face aux besoins primaires, avec un engagement “écolo”?

« Tous les nouveaux métiers de demain seront adoptés par la nouvelle génération : on peut être étudiant aujourd’hui, et s’occuper du climat même pendant ses études : c’est la “génération climat” ! Cette génération qui porte des actions concrètes pour alerter les dirigeants politiques »

Karima Delli

Karima Delli : C’est assez simple car la jeunesse va entrer dans des formations qui auront attrait, demain, à la transition écologique. Tous les nouveaux métiers de demain seront adoptés par la nouvelle génération : on peut être étudiant aujourd’hui et s’occuper du climat même pendant ses études, vous voyez ? On peut être aussi mobilisé , énormément de jeunes sont mobilisés dans des associations, dans des collectifs, c’est la “génération climat” : cette génération qui porte des actions concrètes pour alerter les dirigeants politiques. Ensuite, il y a la question de l’engagement politique, énormément de jeunes s’engagent, font des études en parallèle et veulent des politiques concrètes pour leur avenir.

L.S. : Nous constatons cette inactivité des chefs d’Etat, notamment à Glasgow. Entre temps, nous avons eu des initiatives citoyennes “jeunes”, tels que les “fridays for future” avec Greta Thunberg, Cependant, en tant qu’étudiants, n’est-il pas difficile d’être apte à manifester tous les samedis ? Pensez-vous que ces manifestations, ces initiatives, seront ou sont suffisantes ?

Karima Delli : Le mouvement de Greta Thunberg a réveillé les consciences, pas seulement à l’échelle de son pays, la Suède, elle a réveillé le monde ! Ces manifestations aujourd’hui concernent des millions et des millions de jeunes à travers la planète ! Donc la prise de conscience est là, cette prise de conscience nous dit “vous, les chefs d’État, vous les aînés, vous les parents, vous ne devez pas nous voler notre avenir, vous devez agir”. C’est très important que cette génération tape du poing sur la table pour montrer à quel point, justement, elle sera celle qui va contrôler ce que vont faire les aînés. Les jeunes prennent des habitudes que nous les “anciens”, nous ne prendrons pas forcément : ils ne vont pas acheter, changer de voiture tous les ans, ils ne vont pas consommer comme nous nous avons pu consommer, je pense qu’ils feront beaucoup plus attention à la planète, qu’ils auront plus conscience des dégâts que cela peut avoir.

L.S. : Pensez-vous que nous pouvons d’autant plus miser sur l’action des jeunes à l’avenir, autant que sur les décisions pouvant être prises à l’instant avec la COP26 ?

Karima Delli : Le problème que nous avons aujourd’hui c’est que les chefs d’Etat prennent en otage l’avenir de la jeunesse. S’ ils n’agissent pas nous serons au pied du mur de l’action : aujourd’hui la réalité climatique tous les jours, on la voit, c’est les inondations dans la Somme, les incendies dans le sud de la France, en Europe. Si nous n’agissons pas, cela va se multiplier non pas par une fois, deux fois ou trois, mais par dix fois, vous voyez les conséquences que l’on peut avoir ? Donc ce que la jeunesse dit, aujourd’hui, assez simplement, c’est que les chef d’Etat doivent agir. Mais il faut que la jeunesse aille voter pour de bon dirigeant, le problème c’est que la jeunesse n’a pas été votée aux dernières élections : regardez les régionales, 70% des personnes n’ont pas été votées, la grande majorité, soit 90% des jeunes n’ont pas été votés. Mon message aux jeunes c’est que maintenant, votre avenir est entre vos mains, vous êtes des citoyens, prenez l’arme fatale qu’est le vote pour pouvoir changer les politiques publiques, changez aussi les politiques qui nous dirigent, qui nous envoient dans le mur face aux enjeux climatiques.

L.S. : Merci Karima Delli.

Karima Delli : Merci à vous, à bientôt ! 

LINA SIDI-MOUSSA

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