« Je pense donc je gène » : rencontre avec Betty, président d’honneur de l’association Noustoutes 59 Valenciennois.

À la date du 25 Novembre 2021, journée internationale de la lutte contre les violences faites aux femmes, 103 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint depuis le 1er Janvier 2021. Un chiffre en hausse par rapport à l’année 2020. Ce chiffre relance le débat sur la prise en charge des victimes et plus généralement sur les violences sexistes et sexuelles. Pour Cube, Emma Rieux et moi sommes parties à la rencontre de Betty Rygielski, avocate valenciennoise et co-fondatrice de l’organisme NousToutes 59 Valenciennes. Cet entretien a eu lieu le 1er Novembre 2021. 

NousToutes 59 Valenciennois 

Betty Rygielski, avocate à Valenciennes dans le Nord, mère de deux garçons, a décidé, forte de son expérience professionnelle et personnelle, de créer avec l’aide d’autres femmes une antenne en lien avec l’association nationale NousToutes. C’est ainsi qu’est née l’association « NousToutes 59 Valenciennois . 

Publication Facebook de NousToutes 59 Valenciennois

Son objectif est de lutter contre toutes les violences, à l’inverse de NousToutes national qui lutte exclusivement contre les violences sexistes et sexuelles. Betty voulait avoir la possibilité d’entrer dans les écoles pour sensibiliser les élèves et aborder la thématique du harcèlement. Bien que l’association valenciennoise lutte contre toutes les violences, ce qui est systémique sont les violences faites aux femmes, aux enfants et à toutes les personnes victimes de discrimination. Il y a, ici, une volonté de n’exclure personne et que personne ne se sente exclu. 

Photo publiée par NousToutes 59 Valenciennois : Betty lors d’une manifestation

« Volonté de n’exclure personne et que personne ne se sente exclu »

Définition des violences sexistes et sexuelles par Betty 

Selon Betty, la violence se définit par toutes les formes de domination qui amènent un individu à se soumettre. Cela peut être de la domination physique, verbale, psychologique, économique ou sexuelle. 

Les violences sont sexistes lorsqu’elles touchent les femmes de manière historique en lien avec la société patriarcale. Aujourd’hui, ce n’est pas une volonté consciente. Ces violences sont insidieuses dans notre société, notamment par leur présence dans le cercle familial. Et cette domination concerne davantage les femmes et les enfants. 

Quant aux violences sexuelles, celles-ci se rapportent à toutes formes de violences à caractère sexuels, en passant par le harcèlement et le viol. 

Ces violences peuvent être physiques et psychologiques. Elles ne se verbalisent pas nécessairement par des menaces de mort, mais peuvent être à la fois des situations d’angoisse ou des paroles dégradantes. 

Phtoto publiée par NousToutes 59 Valenciennois

Une violence atteint la liberté de la victime. 

La prise de conscience d’une victime, qu’elle soit femme ou homme, arrive le plus souvent après des violences physiques. Les violences psychologiques sont plus difficiles à être décelées par les victimes car il existe une forme d’emprise psychologique de la part de l’agresseur.  La prise de conscience arrive le plus souvent lorsqu’une personne tiers est touchée, comme les enfants. 

« Lorsqu’une victime décide de partir, c’est une lutte contre l’autre mais aussi contre soi-même »

La concrétisation de son engagement 

Pour Betty, le choix de son engagement s’est imposé suite à un discours de la présidente de Nous Toutes national, qui démontre que le dénominateur commun à tous les mouvements féministes est la lutte contre les violences sexistes et sexuelles.

Auparavant, se retrouver dans les mouvements féministes ne fut pas chose aisée. Le mouvement féministe est un mouvement large dans la manière de lutter contre les violences. 

Au quotidien, son engagement s’articule autour de trois dimensions : l’association ; le travail ; le quotidien. 

Photo publiée par NousToutes 59 Valenciennois

Au sein de l’association, Betty est la présidente d’honneur. Ancienne présidente de NousToutes 59 Valenciennois et voulant se concentrer davantage sur l’action plutôt que sur l’administratif, celle-ci démissionne de son poste mais reste présidente d’honneur. 

Les actions se traduisent par des manifestations et des visites aux élèves de lycées et de collèges du Valenciennois pour aborder différents sujets comme les violences, les violences sexuelles, le harcèlement et le consentement. 

photo publiée par NousToutes 59 Valenciennois

Au quotidien, Betty a décidé de passer à une éducation non-violente et positive. Celle-ci estime qu’il est difficile de se déconstruire mais pas impossible. Il est difficile de lutter contre ses propres intériorisations. Pour elle, l’éducation violente est un moyen de diffusion et de banalisation de la violence. Cela peut contribuer à créer des individus violents. 

« Utiliser la non-violence m’a permis de croire que nous pouvons rendre le monde non violent. »

Au travail, en tant qu’avocate, Betty a choisi de ne défendre que des victimes afin de rester en accord avec ses convictions. Son énergie se focalise sur la défense des victimes qui, selon elle, sont laissées pour compte. 

Betty utilise l’exemple du fait que, lorsqu’une victime va porter plainte, elle n’a pas le droit à un avocat ; alors que l’agresseur placé en garde à vue en aura un d’office sous le principe d’atteinte à sa liberté. Les victimes ont elles-aussi subi une atteinte à leur liberté. 

Prise de position face à la gestion du gouvernement 

Betty estime que l’impulsion que devrait donner le gouvernement et les pouvoirs publics n’est pas assez forte. L’utilisation des moyens ne permet pas de rendre les violences prioritaires face à d’autres plaintes. Les plaintes semblent noyées dans le système judiciaire. La longue gestion des plaintes ne permet pas aux agresseurs de se sentir menacés. Actuellement, on retrouve un sentiment d’impunité. 

Elle estime qu’il est nécessaire de donner plus de moyens humains à la police, aux médecins et à la justice. La prise en charge médicale est énorme, notamment dans le suivi psychologique. 

Il est aussi intéressant de noter qu’il apparaît comme ironique d’avoir un ministre de l’Intérieur, chef des policiers, qui est lui-même mis en cause pour des violences sexuelles. Des symboles sont nécessaires pour faire bouger les choses. Ici, le signal est « dans la pratique, je m’en fous». Risible. 

Réaction face à l’actualité en date du 1er novembre 

Face au mouvement #DoublePeine lancé à cause d’un commissariat à Montpellier qui accueillait les victimes de violences avec des questions inappropriées, Betty souhaite que les policiers soient mieux formés dans l’accueil des victimes. Il est important de se rendre compte du poids des mots pour éviter la culpabilisation des victimes. 

Publication Facebook de NousToutes 59 Valenciennois

Muriel Salmona, psychiatre spécialiste des traumatismes et féministe engagée, aide à la rédaction de questions types dans les commissariats pour éviter les questions inadaptées. Certaines questions peuvent rendre les violences légitimes, notamment aux yeux des enfants. Alors, la victime passe du statut de victime à coupable.

Selon Betty, vivre dans une société sexiste rend les individus sexistes malgré eux. On parle alors du processus d’intériorisation. 

Cela fait que même les femmes peuvent être coupables de violences sans s ‘en rendre compte. Comme cela peut être le cas du sexisme bienveillant. Celui-ci peut porter sur un choix de tenue. C’est donc une forme d’habitus. 

« Le sexisme est ancré dans notre manière de penser. »

Le sexisme est aussi tourné vers les hommes, lorsque ceux-ci ne correspondent pas aux critères du moule de la virilité. C’est un sexisme moins fréquent mais tout aussi présent. Pour éviter l’humiliation, beaucoup d’entre eux entrent dans le moule de l’homme fort. 

Publication Facebook de NousToutes 59 Valenciennois

Quelques pistes pour lutter au quotidien à notre échelle 

Selon Betty, il est important de prendre position et d’expliquer pourquoi on le fait. Il existe une tendance à laisser faire. Alors, il ne faut plus cautionner. 

Bien sûr, cela semble parfois difficile de s’imposer. Si on ne se sent pas prêt, il ne faut pas se mettre en difficulté. Betty l’assure, si la volonté est présente, alors la prise de position viendra. 

« Ridiculiser et humilier selon un critère de genre, de couleurs… est une violence. »

Définition de l’égalité entre les hommes et les femmes 

Pour Betty, l’égalité des droits entre les femmes et les hommes se résume au fait d’arriver à être libre de faire ses propres choix. Plus qu’une égalité de droit, chacun doit être libre d’être lui-même, et non pas enfermé dans des stéréotypes créés par la société. Donner la capacité à chacun d’être lui/elle-même et de choisir ce qu’il/elle veut être : voilà la définition de l’égalité.

Les inégalités se créent car la société nous empêche d’être ce que l’on veut. Il faut donner à chacun d’être libre et de s’émanciper du carcan de notre société.

Quelles sont vos sources d’inspiration ? Vos modèles ? 

Simone Weil, une femme essentielle. 

Sarah Hérent

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