Portraits de métiers, ils cassent les codes (⅔) – Charles-Henri Vauloup, un assistant maternel passionné

Selon la PMI (Protection Maternelle et Infantile), la moitié des professionnels des métiers de la petite enfance pourraient quitter leur profession d’ici 2030. Pour autant, ces métiers demeurent essentiels dans une société qui, malgré la pandémie et la hausse du télétravail, contraint les parents à faire garder leurs enfants au sein de crèches, garderies ou encore à domicile. Pis encore, c’est une profession qui demeure très féminine. Ainsi, après avoir relaté la vie d’une chauffeuse poids lourd aujourd’hui en poste, Cube remet son sac à dos et part à la rencontre de Charles-Henri Vauloup, un assistant maternel qui a décidé d’accepter les stéréotypes pour mieux les bousculer !

A peine la première sonnerie de mon téléphone retentit, et voilà que Charles-Henri Vauloup décroche le combiné. Alors qu’il est 17h15, il m’annonce d’emblée : “J’ai encore un petit à la maison (…) mais on ne va pas reporter sinon on ne s’en sortira jamais !” Vous l’aurez compris, Charles-Henri Vauloup est avant tout un homme très occupé par son métier, qu’il pratique environ 50H/semaine. Il nous faut remonter le temps pour mieux comprendre ce qui a pu l’attirer vers ce métier.

De facteur d’orgue aux enfants, la frontière est poreuse

Tout a commencé après avoir passé son CAP d’ébéniste : “Mon père était peintre, et j’ai souhaité poursuivre dans la même voie que lui.” Charles-Henri Vauloup s’oriente donc dès la fin de ses études vers les métiers de l’artisanat. Plus spécifiquement, il est facteur d’orgue, c’est-à-dire qu’il fabrique et restaure les orgues que l’on trouve communément dans les Églises. “Et puis les circonstances m’ont fait changer de voie.” D’abord, la transition s’explique par des raisons économiques : “Les métiers du bois ont commencé à disparaître (…) tout bêtement, je me suis retrouvé au pied du mur.”

Finalement, sa nouvelle voie, c’est aussi au sein de ses proches qu’il va la trouver. Cette fois-ci, ce n’est pas son père qui va l’inspirer, mais son ex-épouse : “Elle travaillait dans une MAM (…) une Maison d’Assistante Maternelle (…) dont elle était l’une des 3 fondateurs.ices.” 

« Il y a plus de points communs qu’on ne le pense entre les métiers de l’artisanat et ceux de la petite enfance »

C’est alors une toute nouvelle vie qui commence, mais la transition a été assez rapide d’après le principal intéressé : “Pour devenir assistant maternel, seule une formation de 2*60 heures agrégées à 10 heures de secourisme suffit. » Au bout de 6 mois de formation dispensée par la PMI, C.H. Vauloup commençait déjà à “faire ses premières armes” dans un milieu majoritairement féminin.

Un assistant parmi des assistantes : la place de l’homme parmi les femmes

C.H. Vauloup le reconnaît, il a mis du temps à se “faire une place” au sein de son nouveau métier. “Au début, j’étais clairement dépendant mais en même temps, je trouvais cela plus sécurisant.” Après avoir travaillé dans une MAM à Machecoul, avec d’autres assistantes maternelles, il va enchaîner pendant 1 an et demi “des petits boulots à droite, à gauche”. Le changement a réellement eu lieu lorsque C.H. Vauloup décide, avec son ex-femme, de travailler à domicile : “Nous avons décidé de construire une extension à notre maison, un espace neutre où nous pourrions accueillir les enfants (…) et c’est réellement là que j’ai pu commencer à travailler en indépendant.” 

Charles-Henri se souvient bien de ses débuts et de l’image qu’il reflétait auprès de ses amis et proches : “En fait, moi j’aimais ce que je faisais mais ce sont plutôt les collègues ou les parents qui me prenaient pour l’étranger.” Des brimades ou des provocations, “toujours sur le ton de la légèreté”, C.H. Vauloup en a entendu, et ce dès ses premières heures d’apprentissage. “Quand je suis arrivé dans la salle de formation, il y avait 30 nanas qui me regardaient toutes avec des yeux bizarres, et l’une m’a demandé si je ne m’étais pas trompé de lieu.”

“Finalement, le plus dur ont été les premières années dans ce nouveau monde, (…) une fois que vous avez la confiance des parents, tout roule”

Quant aux parents, un autre problème se pose assez régulièrement : celui de la “pédophilie”. « Aujourd’hui, il est plus facile pour une femme d’avoir la confiance des parents dans ce genre de métiers, car l’homme serait plus tenté de commettre des violences sur les petit.e.s.”

Plus largement encore, certains stéréotypes sexués ont encore bon dos et expliquent pourquoi on met du temps à “faire ses armes” dans ce milieu comme il le répète à plusieurs reprises : “Il subsiste cette image que l’homme devrait être dans les bureaux et sur le terrain, et non pas rester chez lui et s’occuper des enfants, travail traditionnellement réservé à la femme (…), d’ailleurs souvent maman en parallèle. ” 

Charles-Henri Vauloup dans le peau de l’assistant maternel © C.H. Vauloup – 2021 – Machecoul
C.H. Vauloup : un assistant maternel qui renverse les stéréotypes

Pour Charles-Henri Vauloup, il a pourtant été assez rapide de se faire accepter dans ce nouveau milieu, après des premières années plus difficiles, et notamment par les parents. “Un homme a des qualités toutes aussi valorisantes pour exercer ce métier (…) et que les femmes n’auront pas forcément de prime abord”. Un exemple concret : la femme est souvent moins distante en tant que nourrice, elle-même mère dans sa vie privée, alors que l’homme parvient à garder plus de distance et de recul avec les enfants. « Finalement pour les enfants, je suis plus le bon pote, le grand frère (…) je cherche à me mettre à leur hauteur mais je ne les considère pas comme mes enfants pour autant. » 

Les stéréotypes sont alors non pas une barrière, mais une force pour Charles-Henri qui parvient à en cerner les avantages ! De même, la relation avec les parents est plus aisée à maintenir pour un homme qu’une femme : “Entre la mère et la nourrice peut s’instaurer un climat vicieux de concurrence, de rivalité voire de jalousie (…) alors que c’est moins fréquent si vous êtes un homme.” Enfin, la crédibilité d’un homme s’acquiert plus facilement qu’on ne le pense pour exercer ce genre de métier : “Pour une femme, être assistante maternelle peut rimer avec sécurité voire fainéantise (…) car certains pensent que les femmes exercent ce métier pour ne pas avoir à se déplacer tout en n’étant pas au chômage.” Or, chez l’homme qui travaille souvent dans le secteur industriel ou tertiaire, la question se pose moins spontanément.

« Pour les enfants, je suis le bon pote, le grand frère »

Et puis, C.H. Vauloup sait exploiter l’ensemble de ses expériences passées pour répondre du mieux que possible aux besoins de son métier : “Il y a bien moins de frontières qu’on ne le pense entre les métiers de l’artisanat et ceux de la petite enfance (…). La patience mais aussi la créativité qu’exigeait mon ancien métier, je les remets au service de mon nouveau métier pour inventer des nouveaux jeux qui correspondent mieux à la personnalité des enfants que je garde (…) ou pour parvenir à canaliser un enfant légèrement impulsif.” 

Un petit pas pour l’Homme, mais un grand pas pour le progrès social

Bien plus que faire de ce métier une réelle passion, C.H. Vauloup sert de réel exemple pour tous ces jeunes qu’il a vu grandir et a, en partie, éduqué : “Ce que je souhaite, c’est que l’enfant puisse pleinement s’épanouir dans ce lieu qui l’accueille (…) et je fais ainsi tout pour qu’il reparte avec pleins de bons souvenirs dans les yeux.” 

Mais, au-delà d’une éducation, c’est un réel apprentissage de l’égalité entre hommes et femmes que C.H. Vauloup essaye d’inculquer aux enfants, en les mettant en phase avec nos évolutions sociétales. Verdict ? Cela fonctionne plutôt bien : “C’est assez rigolo mais il m’est déjà arrivé de croiser la mère d’un enfant que j’avais gardé deux ans auparavant, et qui me disait avec fierté que son fils adorait faire la vaisselle, l’essuyer avec le torchon.”

Alors que la profession n’est composée que de 0,5 % à 1 % d’hommes, des exemples comme celui-ci sont ainsi essentiels afin de continuer à promulguer à nos enfants les normes et valeurs fondamentales à la vie en collectivité, mais surtout en démocratie. Ce qui est sûr, c’est que C.H. Vauloup, lui, ne semble pas disposé à quitter le navire tout de suite : “Je suis passionné par ce que je fais et toujours complet”.

C’est tout pour ce deuxième numéro de notre enquête “portraits de métiers”, mais l’on se retrouvera très prochainement pour partir à la rencontre d’une nouvelle femme qui a su faire sa place dans un milieu élitiste en tout point. A suivre…

BENJAMIN MOINDROT

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