L’Esat, passerelle entre entreprise spécialisée et ordinaire 

Lors du Comité interministériel du handicap (CIH) qui s’est tenu le 3 février dernier, le Premier ministre s’est félicité d’une nouvelle baisse du chômage des personnes en situation de handicap. Les établissements et service d’aide au travail (Esat), comme celui situé à Loos, sont au cœur de cette politique d’insertion professionnelle. 

Des longs fils de raphia sont éparpillés sur le sol. Une fois manipulés et enroulés, un geste expert tisse les différents brins. Un travail minutieux que Fabien Ferrara, chef d’atelier de l’Esat, décrit comme « presque thérapeutique pour les travailleurs ». Le châssis de la chaise prend forme. De l’autre côté de la pièce, les fibres naturelles laissent place aux câbles électriques. C’est à Mohamed que revient la tâche de sectionner les fils « au millimètre près », comme il le précise. 

Un travailleur en plein travail de cannage – Crédit : Coppélia Piccolo

Plus loin, des balises sonores guident les personnes atteintes de déficiences visuelles à travers les couloirs. « Accès à l’atelier sur la droite », dicte une voix mécanique. Les bandes de guidage blanches au sol permettent également de créer des repères pour tous les usagers de l’Esat. Cet établissement, situé dans la périphérie de Lille, accueille 28 adultes souffrant de handicaps visuels, d’une vision affaiblie jusqu’à la cécité totale.  

Les usagers de cette structure, qui préfèrent néanmoins le titre de « travailleurs », ont la possibilité d’effectuer des activités diversifiées : restauration, chaiserie, édition et divers travaux de sous-traitance. Des outils de compensation sont intégrés à tous les postes, afin de pallier la déficience visuelle. 

Au fond du couloir, dans la pièce dédiée à l’édition, la lumière est tamisée. Le niveau de luminosité est adapté aux besoins de chaque personne. Des claviers de transcription en braille se trouvent au pied des écrans d’ordinateurs équipés d’un système de grossissement numérique. 

Ces structures en milieu protégé sont une « porte d’entrée vers l’emploi », selon Fabien Ferrara. « L’objectif visé est ensuite de guider les usagers – qui ne bénéficient pas du statut d’employé salarié – vers une entreprise adaptée, et enfin vers une entreprise privée », souligne-t-il. 

C’est ce but que vise Sarah, travailleuse depuis deux ans au sein de l’Esat. « Ici, on apprend tellement de choses. On apprend véritablement à travailler. C’est un tremplin entre l’école et la vie professionnelle », s’enthousiasme cette jeune femme, qui se destine à travailler en tant qu’éducatrice canine. 

Gwendoline partage le même avis : « Je voudrais être embauchée en milieu ordinaire, dans le secteur de la petite enfance. L’Esat est pour moi une passerelle : le pôle cannage développe mon côté manuel et la restauration est utile pour les capacités relationnelles. »

« Il ne s’agit pas de faire à la place de, mais de faire avec », conclue le chef d’unité, tout en faisant défiler les photos des créations des travailleurs sur l’écran de son téléphone. Les desserts créatifs de l’unité restauration succèdent aux chaises et aux paravents en rotin. Comme pour souligner cette intention d’accompagner vers l’évolution professionnelle, l’acronyme Esat va être remodelé. Il ne s’agira plus d’aide au travail, mais plutôt d’accompagnement. 

Coppélia PICCOLO

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