Précarité menstruelle étudiante : reportage à l’IUT de Tourcoing

À partir de septembre 2021, le Ministère de l’Enseignement supérieur a promis de déployer des distributeurs de protections hygiéniques dans tous les établissements universitaires. Cinq mois après, ont-ils été mis en place sur le campus tourquennois de l’Université de Lille ?

« Pendant mes règles, qui durent au pire trois semaines consécutives, je dois changer très régulièrement de protections hygiéniques, parfois toutes les deux heures », confie Alicia Menu, étudiante en première année de BUT information et communication à l’IUT de Tourcoing.

Les achats de protections hygiéniques représentent un budget onéreux la jeune femme de vingt ans. Elle survit grâce à sa bourse, car ses parents ne peuvent pas l’aider financièrement. Comme 1 étudiante sur 20 – d’après une étude publiée en février 2021 par la FAGE –, Alicia utilise souvent du papier toilette en guise de serviette périodique.

À cela s’ajoute les dépenses liées aux consultations gynécologiques et aux médicaments pour diminuer ses fortes douleurs de règles, qui l’empêchent de « marcher et de dormir, sans parler des vomissements ». Un prochain rendez-vous radiographique est prévu pour tenter de lui diagnostiquer l’endométriose.

Alicia Menu à l’IUT de Tourcoing, le 11 février 2022 ©Lucile Coppalle

Yasmine Bennacer, camarade d’Alicia, souffre elle aussi de règles abondantes et douloureuses. Elle achète des protections hygiéniques au Secours Populaires pour bénéficier « de bonnes marques » à des prix modiques. Toujours d’après le sondage de la FAGE, « 33% des étudiant·es estiment avoir besoin d’une aide pour financer leurs protections ».

Yasmine Bennacer à l’IUT de Tourcoing, le 11 février 2022 ©Lucile Coppalle

Malgré leurs ennuis financiers et de santé, les deux étudiantes ne se considèrent pas en situation de précarité menstruelle. « C’est peut-être le syndrome de l’imposteur », s’interroge Alicia, « mais certaines femmes connaissent sans doute des difficultés plus importantes que les miennes », ajoute-t-elle aussitôt, confuse.

Distributions « insuffisantes » ?

Alicia juge « insuffisantes » les distributions de protections hygiéniques jetables et réutilisables à l’IUT de Tourcoing. Dans les toilettes de l’ancienne filature de laine, le jour de ma visite, ce vendredi 11 février, les boîtes de protections hygiéniques jetables étaient toutes quasiment vides.

Boîtes servant à contenir les protections hygiéniques jetables, dans les toilettes de l’IUT de Tourcoing, le 11 février 2022 ©Lucile Coppalle

Judith Frémeaux – assistante direction-communication de l’IUT de Tourcoing – s’en étonne. Elle assure qu’elle demandera aux agent·es d’entretien de ravitailler dès que possible les contenants, car il resterait d’après elle « des stocks importants au sein de l’IUT, fournis et financés par l’Université de Lille ».

L’Université de Lille – à l’initiative de sa vice-présidente Sandrine Rousseau – a effectivement été pionnière en France en distribuant gratuitement à ces étudiant·es (y compris aux non-boursier·es) 30 000 kits de protections hygiéniques.

Au début de l’année 2021, le Ministère de l’Enseignement supérieur s’inspire de cette initiative et promet de déployer des distributeurs dans tous les établissements universitaires d’ici la rentrée prochaine. Mais Judith Frémeaux affirme ne pas avoir eu connaissance de cette décision gouvernementale.

Éloignement

Concernant les distributions de protections réutilisables, aucune n’a été organisée, à ce jour, en dehors de Lille et Villeneuve d’Ascq. « Injuste », selon Alicia. Elle déplore que « l’Université de Lille ne prenne pas en compte l’éloignement du campus de Tourcoing ». L’aller-retour en métro entre l’établissement tourquennois et le campus lillois Pont de Bois dure presque deux heures.

Alicia en a averti par mail Hermeline Pernoud, cheffe de projets égalité femmes-hommes de l’Université de Lille. « Nous y travaillons ! », a rassuré Hermeline Pernoud. Toutefois, aucune date n’est programmée à ce jour. « Il y a d’autres campus éloignés qui méritent également qu’on se rende sur place », a-t-elle précisé.

Depuis la rentrée scolaire de septembre 2021, Hermeline Pernoud a aussi organisé trois ateliers de couture pour apprendre à fabriquer soi-même des culottes menstruelles et des serviettes lavables, dont un à l’IUT de Tourcoing. Très intéressée, Alicia n’a pourtant pas pu s’y rendre, car l’étudiante dit avoir eu cours au même moment. « Ce type d’événement est super, mais trop rare et trop souvent inadapté à nos emplois du temps », se désole-t-elle.

« Je vous invite à suivre nos actions directement sur la page Facebook de la DDRS [ndlr : le service « Développement Durable et Responsabilité Sociale » de l’Université de Lille], vous serez ainsi tenue au courant des prochaines dates de distribution », a conclu Hermeline Pernoud dans sa réponse adressée à Alicia par mail. L’étudiante – ainsi que toutes ses camarades croisées dans les couloirs de l’IUT ce jour-là – attendent ces événements impatiemment.

Lucile Coppalle

Photographie en Une : Entrée de l’IUT de Tourcoing, rue Sainte-Barbe, campus de l’Université de Lille, le 11 février 2022 ©Lucile Coppalle

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