Militer à La France Insoumise : « Jean-Luc Mélenchon est dans un objectif de rassemblement »

Pour ce deuxième volet sur l’engagement jeune en politique, Cube s’est entretenu avec Ivanne Chetouane, militant Insoumis dans le valenciennois. Après son master d’économie/sociologie et de science politique, le jeune actif est d’autant plus engagé dans ses activités militantes qu’il trouve gratifiantes.

Crédit photo : Honorine Soto
Comment a commencée l’aventure Insoumise ? Pourquoi s’engager ?

Je suis inscrit au parti depuis 2016. J’ai déjà été militant pour la campagne de 2017, et les législatives aussi, dans le 93 avec Juan Branco. Dans cette circonscription nous étions face à Jordan Bardela (Front national). On ne pouvait pas le laisser aller sur les marchés de Clichy ou de Sevran sans rien faire. Il y avait une logique d’opposition à l’extrême droite, c’est sûr. Après avoir fini mes études, j’étais parmi les premiers à rejoindre le groupe des jeunes insoumis de Valencienne.

Comment vous vous organisez en cette période de campagne ?

Chez les jeunes insoumis on collabore beaucoup avec les anciens, qui étaient déjà au front de gauche en 2012, les dinosaures du mouvement… (Rires) On fait deux à trois portes à porte par semaine, beaucoup de tractages, de collages, on se rend sur au moins un marché par semaine et par circonscription et on participe à tous les mouvements/contestations qui correspondent à nos idées.

« On essaye d’inciter les électeurs Le Pen à voter Jean-Luc Mélenchon »

Il y a quelques semaines on essayait d’inscrire les gens sur les listes électorales. Certaines personnes sont résignées de la politique, on essaye de les convaincre par le travail que nos députés, nos conseillers régionaux ont pu faire, et ça fonctionne bien. On essaye également d’inciter les électeurs Le Pen à voter Jean-Luc Mélenchon. Il y a une frontière peu épaisse entre le vote LFI et le vote RN : c’est un électorat « dégagiste », qui va vers les extrêmes et qui ne fait pas la différence entre les deux partis. Bien souvent ils ne sont pas racistes, ils ont des revenus très faibles, pas ou peu de travail et on essaye de les convaincre, chiffres à l’appui, que ce n’est pas l’immigré qui se réfugie en France qui est coupable de leur situation.

Pour toi, Jean-Luc Mélenchon est d’extrême gauche ?

Je ne pense pas qu’il soit d’extrême gauche, il a un programme qui ressemble beaucoup à celui de Mitterrand en 1981. Il s’agit même d’un programme que le PS aurait pu présenter s’il n’avait pas pris un virage plus libéral. Mais le personnage de Jean-Luc Mélenchon fait extrême gauche, il paraît très dur alors que le programme et les personnes composant l’union populaire sont modérées, elles ont réfléchi aux sujets abordés avec des syndicats, des associations.

Est-ce que Jean-Luc Mélenchon a changé depuis 2017 ?

Dans les idées qu’il porte il est toujours à gauche mais un peu moins qu’avant. Il est moins dans les extrêmes, il est plus dans un objectif de rassemblement tout en gardant les idées fondatrices du programme « L’avenir en commun » de 2017.

C’est une stratégie : au sein du parti ils savent que s’il garde une conduite trop à gauche dans son programme et trop agressif dans son comportement, ça ne fonctionnera pas. En 2017 ils ont vu que c’était possible d’y arriver, ils ont donc essayé de changer les choses et de faire en sorte que ça aille mieux.

« Mélenchon a ses défauts mais je ne vois personne de meilleur que lui pour être à sa place »

Tu te considères davantage comme partisan du candidat ou du parti ?

Partisan du programme surtout ! Mais Jean-Luc Mélenchon reste le candidat qui porte le programme de l’Union populaire, et à La France Insoumise (LFI) pour l’instant je ne vois personne qui pourrait mieux le représenter. Mélenchon a ses défauts mais je ne vois personne de meilleur que lui pour être à sa place.

Comment vous recrutez de nouveaux adhérents ?

Souvent ce sont des gens qui viennent à nous lors des tractages sur les marchés ou dans les manifestations. Ces dernières semaines ça s’est bien accéléré, on a eu de nouveaux militants, surtout des jeunes. Au niveau des plus âgés on a fait le plein je pense. On observe que l’engagement des jeunes n’est pas constant : les plus âgés ont un engagement d’une dizaine voire d’une vingtaine d’années alors que les jeunes sont plus volatiles, ils s’engagent davantage sur des actions qu’ils aiment faire.

Nous sommes fin mars, crois-tu en la victoire de Jean-Luc Mélenchon ? Chez LFI vous n’avez pas peur d’un second tour Mélenchon/Macron dans un contexte favorisant beaucoup le président sortant ?

Oui. C’est faisable. Même dans les sondages on voit qu’il est dans la marge d’erreur pour être au second tour : il est au même niveau qu’en 2017 à un mois du premier tour. On peut y croire dans le sens où le seuil de qualification est plus bas qu’il y a 5 ans.

Nous n’avons pas peur, bien au contraire. Il y aura un vrai débat entre Jean-Luc Mélenchon, le programme qu’il porte et Emmanuel Macron. On espère arriver à ce moment-là !

Jean Luc Mélenchon à Paris, 20 mars 2022. Crédit photo : Boby (Libération)
Tes proches partagent tes convictions ?

Pas tous, j’essaye de les convaincre. Mon beau-père est gardien de prison, il hésite entre Éric Zemmour et Marine Le Pen donc c’est vraiment dur… J’ai grandi dans un milieu qui n’était pas du tout politisé, on ne parlait pas de politique à la maison. Mon père hésite entre Pécresse et Macron, ça reste un milieu très conservateur… Aux repas de famille, à Noël, je leur parle du programme, je suis le gros relou qui débarque avec ses flyers (rires).

Si Jean-Luc Mélenchon n’était pas le candidat du parti, qui aimerais-tu voir à sa place ?

Je dirais François Ruffin mais ce n’est que mon avis personnel. C’est un bon orateur. Après tout dépend de la stratégie du parti, s’il veut venir plus au centre pour piquer des électeurs socialistes, Adrien Quatennens (député du Nord) pourrait être le bon candidat mais Mathilde Panot (députée du Val-de-Marne) est également qualifiée.

C’est dangereux de militer en France aujourd’hui ?

Non, il n’y a jamais eu de problèmes sur ça. Ce sont souvent les municipalités qui nous prennent la tête mais ce ne sont pas des menaces, plus des rappels des arrêtés municipaux en place sur les marchés. Même au niveau des collages, avec les autres militants il n’y a pas de soucis. Il peut y avoir quelques insultes qui fusent à l’encontre de Mélenchon quand on croise des militants Zemmour mais à part ça il n’y a pas de problèmes.

La position ambiguë de Jean-Luc Mélenchon vis-à-vis de Vladimir Poutine pourrait-elle lui porter préjudice ?

La France Insoumise a toujours dit qu’il ne fallait pas considérer la Russie et Vladimir Poutine comme des ennemis, ni en faire des alliés mais davantage les traiter comme d’éventuels partenaires avec qui on pourrait dialoguer, entretenir des relations cordiales. En 2014 Mélenchon avait fermement condamné l’annexion de la Crimée, il n’y avait pas eu d’ambiguïté sur ça. Mais le fait de ne pas vouloir suivre aveuglément les États-Unis lui donne une image de « pro-Poutine » pour certains.

« Quand les autres apportent une vision manichéenne des choses, Jean-Luc Mélenchon essaye d’avoir une analyse plus précise de la situation »

Jean-Luc Mélenchon a dit dans l’émission « C dans l’air » que la menace n’était pas la Russie mais l’OTAN (alliance atlantique), ce sont aussi ces propos qui lui sont reprochés aujourd’hui.

Quand les autres candidats disent que la Russie est une menace et qu’il faut faire attention, Jean-Luc Mélenchon dit qu’effectivement Moscou représente un danger pour nous mais que l’OTAN n’est pas parfaite non plus. Quand les autres apportent une vision manichéenne des choses, Jean-Luc Mélenchon essaye d’avoir une analyse plus précise de la situation. Évidemment les autres candidats en profitent pour lui taper dessus par rapport à ça et c’est le jeu politique.

Qu’est-ce qui touche les jeunes chez Mélenchon ?

Je pense que c’est son discours, plus accessible que certains. Quand on écoute le dernier rassemblement de Valérie Pécresse… (rires) Par ses mots, par son analyse, Jean-Luc Mélenchon explique peut-être mieux les choses pour quelqu’un de jeune en froid avec la politique.

Propos recueillis par Kévin Corbel

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s