Interview de Bertrand Bouyx, député de la cinquième circonscription du Calvados : « Si vous voulez avoir une action politique, il faut une majorité ». 

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Député de la cinquième circonscription du Calvados, Bertrand Bouyx se représente aux élections législatives des 12 et 19 juin. Cube a voulu l’interroger sur son expérience à la fois en tant que député de la majorité présidentielle mais aussi en tant d’élu local, et entendre son avis sur le renouvellement politique lié à l’actualité de ces dernières semaines, ainsi que sur les politiques liées à la jeunesse.

Avant d’être élu député, aviez-vous déjà milité pour un parti ou un syndicat, notamment dans votre jeunesse ?

Pas dans ma jeunesse. Mais je me suis vraiment engagée politiquement en tant que militant dès 2007. J’ai commencé par un engagement au MoDem, puis je suis parti à l’UDI. C’est là où j’ai principalement milité, au travers du groupe politique de Jean-Louis Borloo, le Parti Radical, plus vieux parti de France et centré sur les valeurs de la République.

Comme beaucoup de députés « marcheurs » élu en 2017, vous étiez issu d’un tout autre univers professionnel que celui du monde politique : la pharmacie. Pensez-vous que « En
Marche ! », aujourd’hui « Renaissance », a permis l’émergence d’un nouveau personnel politique, voir même un accès plus facile pour les citoyens au débat politique ?

C’est totalement ça. Ce qui s’est passé en 2017 avec l’élection d’Emmanuel Macron, c’est qu’il y a eu un renouvellement du personnel politique à l’Assemblée nationale. Beaucoup de personnes issues de la société civile se sont engagées et ça a permis finalement d’apporter de la fraîcheur. Vous avez aussi eu une parité qui s’est exercé dans le groupe « La République en Marche » : on est à peu près cinquante- cinquante entre hommes et femmes. C’était une révolution et quand on est arrivé, la première remarque du personnel de l’Assemblée, c’était de nous dire : « c’est incroyable de voir autant de couleur dans l’Hémicycle ».

Comment avez-vous vécu vos débuts à l’Assemblée Nationale ? Étais-ce difficile pour vous de vous familiariser au fonctionnement du Parlement ou à trouver votre place au sein de la majorité ?

On met quelques mois à se familiariser avec le fonctionnement de l’Assemblée nationale. Mais l’institution est bien faite parce qu’il y a beaucoup d’administrateurs qui sont là en soutien des députés, que ce soient à la fois des administrateurs ou des huissiers. Et tout le personnel de l’Assemblée nationale est à l’écoute et à disposition des députés pour les aider dans leur mission.

Vous avez donc été député pendant cinq ans au sein de la majorité présidentielle. Afin de faire pour nos lecteurs un court bilan de votre mandat, pourriez-vous revenir sur les principales initiatives que vous avez prise tout au long de la quinzième législature, à la fois au Palais-Bourbon et dans le Bessin, et qui vous ont le plus tenu à coeur de porter ?

C’est difficile d’être exhaustif. Peut-être simplement dire que l’action d’un député, c’est bien évidemment à l’Assemblée nationale par les lois qu’il va voter, mais c’est également sur son territoire où il doit être à l’écoute des personnes qu’il rencontre. Et puis il doit aussi contrôler la mise en place des politiques publiques qu’il a voté. Mais si je devais retenir des choses importantes, ce serait la proposition de loi MATRAS (ndlr : loi réformant la sécurité civile en France, notamment en ce qui concerne les sapeurs-pompiers) que j’ai travaillé avec les services départementaux d’incendies et en rencontrant nombre de pompiers à la fois professionnels et volontaires pour porter cette loi. Je me suis engagé aussi sur des textes comme la loi climat et résilience en portant deux amendements qui ont été acceptés, notamment un sur les forêts, fondé sur une idée de l’ONF (ndlr : Office Nationale des Forêts) faisant en sorte que la sylviculture se fasse au plus près du cycle naturel des arbres. Je retiendrais également un amendement pour que la prime à la conversion d’un véhicule puisse aussi être utilisée pour des mobilités douces, pour que cette argent puisse par exemple être utilisé dans les transports au quotidien et l’achat de tickets. La réforme sur l’apprentissage a pour moi aussi été essentielle : ce sont aujourd’hui 750 000 jeunes qui ont été formés à des métiers, un objectif pour notre pays.

Si l’on en croit la définition donnée du mandat de député, ce dernier n’est pas simplement le représentant de sa circonscription à l’Assemblée Nationale, mais de la Nation toute entière. Pourtant, il est amené à évoluer au niveau local avec d’autres acteurs et à y remplir différentes prérogatives. À partir de votre propre expérience, pourriez-vous nous présenter ce que votre rôle de député vous amène à faire localement et quelles relations entretenez-vous avec les autres élus de votre circonscription ?

Vous avez raison. Ce qu’il ne faut jamais oublier, c’est qu’une circonscription, c’est une entité qui ne dure que le temps de l’élection. Une circonscription, c’est un découpage électoral, pas un territoire à proprement parlé. Il faut malgré tous le prendre en compte parce que c’est le lieu sur lequel vous avez été élu, et donc c’est vers l’ensemble de ses citoyens que vous allez porter votre parole, même si toutes les mesures que vous allez voter au niveau national s’appliquent sur la totalité du pays. Donc vous êtes élu sur un territoire et vous devez porter la parole de ce dernier où des gens vous ont fait confiance. Vous êtes donc redevable de votre action auprès de ces personnes qui vous ont élus. En revanche, les actions que vous entreprenez au niveau national en tant que député, elles ont vocation à s’appliquer partout sur le territoire, c’est pour ça qu’on dit qu’on est élu dans un territoire, mais député de la Nation. Mais le rôle en local, il est essentiel : il faut être un porte-parole, être à l’écoute et disponible. En cinq ans, j’ai fait quasiment 1 500 rendez-vous individuels en moyenne de trente minutes avec des gens de mon territoire. Regardez la permanence : elle est ouverte sur la rue, les gens peuvent pousser la porte, venir me rencontrer ou prendre un rendez-vous. Mon rôle, c’est d’être à l’écoute de toutes les catégories professionnelles, de manière à m’enrichir des propositions qu’ils peuvent faire ou des problèmes qu’ils peuvent rencontrer. Mon rôle, c’est d’être en lien avec nos administrations localement, parce que parfois des citoyens vont rencontrer des difficultés et il faut pouvoir les expliquer à celles-ci, ou d’être à l’écoute des entreprises et des salariés comme par exemple pendant le plan de relance. C’est aussi d’accompagner les projets des élus locaux, notamment quand ils ont des demandes de subventions. Mais bien évidemment, et comme le dit l’Assemblée nationale, le député a trois fonctions : la plus connue, voter la loi, mais aussi contrôler l’action du gouvernement et évaluer les politiques publiques.

Vous êtes aussi le représentant d’une circonscription étendue et rurale. Diriez-vous par conséquent que votre rôle, ainsi que les relations avec les autres élus locaux, diffère de celles d’un député d’une circonscription de taille plus modeste et davantage urbanisé ?

En fonction de la circonscription et du territoire dans lequel vous êtes implanté, vous n’allez pas travailler sur les mêmes sujets. Moi, je suis sur une circonscription qui est très plurielle dans sa géographie. J’ai une bande littorale, j’ai du bocage, de la plaine, j’ai des communes rurales et j’ai des villes, notamment Bayeux, avec plus de 13 000 habitants. Donc le travail sera totalement différent de celui d’un député qui est impliqué dans une métropole. On ne rencontrera pas les mêmes situations.

Vous ferez donc campagne dans quelques semaines dans l’objectif de briguer un second mandat. Comment l’imaginez- vous pour le moment et quelles nouvelles directions par rapport au précédent souhaiteriez-vous lui insuffler ?

Je suis aujourd’hui en campagne, mais dans mon travail, il faut que je me scinde en deux. J’ai, comme le Président, la partie candidat : je vais à la rencontre de personnes sur mon territoire, je communique sur les réseaux sociaux et je fais la promotion politique du programme qui est porté par le Président de la République, puisque je suis un député de la majorité, mais également de la manière dont on va décliner ses propositions sur mon territoire, qui n’est pas le même que celui d’un député « de ville ». Donc moi je vais formaliser ces propositions et les adapter aux besoins locaux. Et puis après, j’ai toujours mon rôle de député à tenir, parce qu’il y a toujours des gens qui souhaitent me rencontrer et qui ont des problèmes. J’ai un rôle institutionnel qu’il faut que je continue de gérer, d’ailleurs quand vous regardez ma permanence, il n’y a pas de logo politique. Vous ne voyez à aucun endroit marqué « En Marche ! » ou de la promotion politique. J’ai souhaité bien distinguer les deux de manière à ce que quand les gens viennent me voir, ils ne soient pas agressés sur un plan politique, quelles que soient leurs convictions.

Pour le moment et au regard de la campagne au niveau national, vous pourriez être réélu au sein d’une large majorité présidentielle. Dans le cas contraire, est-ce qu’être présent dans l’opposition changerez radicalement votre quotidien et vos actions de député ?

Tout d’abord, dire que les sondages ne valent que ce qu’on veut bien leur accorder en terme de crédibilité. Donc aujourd’hui, c’est une projection. Moi, je reste mobilisé jusqu’à la fin. Même oui, le rôle d’un député est totalement différent en fonction qu’il appartient à la majorité ou à l’opposition. Sincèrement, appartenir à l’opposition, ça ne permet pas d’avoir une action politique très importante, à la fois pour son territoire, mais à la fois aussi pour la Nation. Un député de la majorité bénéficie en fait des textes qu’il vote et d’un appui de ministères et des ministres. Et donc ça permet d’avoir des leviers pour agir à la fois au niveau de la nation, mais à la fois sur son territoire. Le rôle est complètement différent.

Donc justement, vous pensez qu’une majorité présidentielle, même en avalisant et en rendant plus efficace l’action présidentiel sur tout le territoire, reste pertinente ?

C’est même indispensable. C’est à dire que, quel que soit le modèle institutionnel dans lequel vous êtes aujourd’hui – on est dans un modèle présidentiel mais il y a d’autres modèles qui sont des modèles parlementaires – vous avez de toute façon l’obligation d’avoir une majorité pour agir. En Grande- Bretagne, vous avez un Premier ministre qui est constamment en lien avec sa majorité parlementaire. Et donc, si vous voulez avoir une action politique, si vous voulez déployer un projet politique pour la France, il faut une majorité. C’est indispensable. Il n’y a rien de pire, et on l’a vu dans notre histoire, que la cohabitation, où la France n’a pas avancé et où elle a pris du retard.

Le contexte politique de ces dernières semaines a été marqué par la réélection d’Emmanuel Macron, une première pour un Président de la République en exercice depuis vingt ans. Comment analysez-vous sa victoire au second tour face à Marine Le Pen, et plus généralement quels éléments ou faits de cette campagne présidentielle vous ont marqués, à la fois sur le plan local et national ?

C’est historique ce qui vient de se passer et on l’oublie. C’est la première fois qu’un Président est réélu avec une majoritéÀ chaque fois, ces réelections se sont faites avec une cohabitation. Donc aujourd’hui, on a pour la première fois une continuité dans l’action politique, ce qui oblige d’ailleurs le Président de la République à un peu différer la mise en place de son gouvernement parce qu’il attend sa majorité. Moi, je trouve que l’on voit que la lecture que le Président de la République faisait dès 2017 de la France était pertinente et qu’elle est toujours pertinente. C’est à dire qu’aujourd’hui on a une France qui est partagée entre un vote extrême à l’extrême gauche ou à l’extrême droite, et un vote central qui réunit une majorité de démocrates qui viennent d’une sensibilité au départ de droite comme de gauche. Et ça, finalement, c’est à mon sens une adaptation de la politique française qui aurait dû se faire dès les années 90, mais qui ne s’est pas faite parce que la France, à la différence d’autres démocraties modernes, n’a pas tiré les leçons de la fin de l’Union soviétique et de la chute du mur de Berlin. C’est comme si ça n’avait pas produit d’effet sur la classe politique française où on avait encore un clivage entre une gauche et une droite. La fin de l’Union soviétique signe la fin d’un modèle économique, le collectivisme. Et aujourd’hui le dénominateur commun de ce qui reste de la gauche, l’extrême-gauche, c’est l’anticapitalisme, à rebours de l’Histoire.

Mais pourtant il y a eu des adaptations : avec la chute de l’Union soviétique, le Parti Communiste a décliné, le Parti Socialiste est devenu plus libéral de même que la droite. Simplement, le paysage est resté le même …

C’est ça, le paysage est resté le même. C’est-à-dire qu’à un moment donné, une bonne partie des socialistes ont adopté l’économie de marché mais sont restés dans le Parti Socialiste et n’étaient plus en accord entre le modèle économique actuel qu’ils défendaient et l’idéologie politique qui était celle d’une gauche qu’ils ne représentaient plus. Et donc, ce qui s’est passé avec Emmanuel Macron, c’est qu’il y a eu ce réalignement politique.

Alors pourquoi cela se serait-il déclenché avec Emmanuel Macron ? Il y a eu des propositions centristes avant comme avec François Bayrou et avec Jean-Louis Borloo …

Ça a commencé avec François Bayrou qui avait 18 % en 2007 et ça a continué à un moment donné avec Nicolas Sarkozy quand il a proposé l’UMP. Tous ça ont été des préalables à la réussite d’Emmanuel Macron. C’est à dire qu’il y avait une France qui avait compris qu’aujourd’hui on défendait des valeurs sociales, des valeurs d’économie, des valeurs de liberté. Et toute cette frange là, aujourd’hui, s’est réunie derrière Emmanuel Macron.

Quels événements politiques vous ont particulièrement marqués durant ces cinq ans en tant que député mais aussi en tant que citoyen ? D’ailleurs, est-ce qu’être élu change la perception de certains moments comme la crise des Gilets Jaunes ou l’élection présidentielle par exemple ?

Alors trois moments bien évidemment. On a vécu trois crises majeurs : la crise des gilets jaunes, la crise du COVID- 19 et la guerre en Ukraine. Et j’en rajouterai une quatrième, l’incendie de Notre-Dame. Sincèrement, mon mandat il a été bien remplie [rires]. Et qu’est-ce que ça change au niveau de ma vision ? Eh bien tout : parce que quand vous êtes un élu national, vous rentrez dans la mécanique institutionnelle de votre pays. Et donc oui mon regard sur mon pays ne sera plus jamais le même.

Quels sujets aimeriez-vous voir émerger, notamment dans le débat parlementaire, durant le quinquennat qui vient de s’ouvrir ?

Le principal sujet, celui qui préoccupe la totalité de notre pays et de nos nations, c’est le changement climatique. Donc là, on a un défi à relever qui est d’organiser la totalité de la société et de la préparer à cette transition écologique. On va avoir beaucoup de changements à apporter, beaucoup de propositions à porter et c’est un gros challenge.

Un sujet semble pourtant quelque peu délaissé au sein du débat public : celui des jeunes en milieu rural. Bénéficiant de moins d’opportunités et de ressources que leurs camarades urbains, ils semblent parfois délaissé, plus susceptible de connaître le chômage, et leur nombre pourrait s’accroître dans les prochaines années avec le phénomène des néo-ruraux. Avez-vous été confronté à cette problématique durant votre mandat, et quelles solutions avez-vous pu mettre en œuvre pour les jeunes de votre circonscription ou comptez-vous proposer lors d’un prochain mandat ?

Alors, le sujet est vaste. Tout d’abord la problématique de la mobilité est générale pour bon nombre de Français, et notamment pour les jeunes qui peuvent s’auto-censurer vis-à- vis de leurs orientations du fait par exemple des coûts liés au permis de conduire ou à la voiture ensuite. Même si nous sommes sur un territoire rural où les jeunes ont l’habitude de prendre les transports en commun depuis qu’ils sont à l’école élémentaire pour aller à l’école, j’ai pu en rencontrer certains pour qui la mobilité constituaient un critère supplémentaire dans le choix d’orientation et qui privilégiaient dès le lycée la proximité du domicile aux opportunités. C’est pour cela que j’ai agi afin qu’un maximum d’enseignements de spécialité soient dispensés dans les lycées bayeusains : pour d’éviter que cette auto-censure ne fasse complétement l’orientation des élèves. D’ailleurs, ce que je pense être tout aussi déterminant pour la jeunesse, c’est la capacité que l’on aura à mieux orienter. Ça c’est un enjeu pour demain. J’ai 51 ans, je fais partie d’une génération où l’orientation des jeunes étudiants, que ce soit dans la branche professionnelle ou universitaire, ne s’est pas toujours bien faite. J’ai quelques copains qui ont fait l’université, qui ont des maîtrises et qui ont dû se reconvertir dans d’autres activités. Je pense que ce n’est pas satisfaisant à la fois pour les jeunes, mais aussi pour les institutions, parce que finalement on n’a pas atteint les objectifs qu’on souhaitait atteindre. On a mis de l’argent sur des étudiants qui finalement ne vont pas vers l’activité qu’ils avaient choisi !

Que compterez-vous faire une fois votre expérience de député achevé ?

Bonne question. Je me représente et j’espère bien être réélu, mais dans l’hypothèse contraire, je pense aujourd’hui avoir cumulé suffisamment d’expérience à la fois professionnelle et dans ma branche parlementaire, en tant que député, pour rebondir sur une activité qui sera plus ou moins en lien avec ce que j’ai fait. Donc il y a plein de potentialités à aller chercher.

Dernière question : quels conseils donneriez-vous à des jeunes passionnés de politique et souhaitant devenir député, aussi bien sur la manière de faire campagne que sur l’exercice des fonctions qui pourraient leur êtres conférés ?

Il n’y a pas de recette miracle. Par contre, le seul conseil que je donne c’est de s’engager. Il faut être convaincu de ce que l’on souhaite défendre, mais convaincu ne veut pas dire non plus dogmatique : il faut être capable d’accepter la critique pour aussi changer sa vision des choses. On ne détient pas la vérité, mais il faut s’engager. L’engagement, ça commence comme ce que j’ai fait dans des associations par exemple. On peut faire de la politique de différentes manières. On peut avoir un engagement associatif, syndical et puis après un engagement en tant qu’élu. Mais il faut à un moment donné sortir de sa vie privée et passer dans la vie publique.

Propos recueillis par Titouan Tassin

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